Entrevue avec Roger MENANT

Roger MENANT, professeur et instructeur en chef du S.C.K, donne une entrevue qui relate ses débuts, son parcours, ses rencontres, mais également ses perspectives dans le karaté, art martial qu’il pratique depuis plus de 35 ans aujourd’hui…

S.C.K – Comment s’est passée ta rencontre avec les arts martiaux ? Qu’est-ce qui a déclenché ton envie de franchir les portes du Dojo ?

R.M – Aussi loin que je me souvienne, cela doit remonter quand j’avais six ans. Je me chamaillais avec mes camarades de classe, et à la maison je luttais avec mes grands frères, souvent après avoir vu à la télé les combats de catch (notamment avec l’Ange blanc). Puis, avec les lectures du Docteur Justice, Bruce Lee pour moi fut la révélation de ma passion et m’a donné l’envie de découvrir ce que m’apporteraient les arts martiaux.

S.C.K – Que représentaient alors pour toi le karaté et les arts martiaux en général ?

R.M – A cette époque, pour moi qui étais en pleine adolescence, le karaté reflétait une image de travail, de droiture et de volonté. A l’image des super héros de mon enfance, le karaté était magique. Et on ne parlait pas encore de la multitude de disciplines qui s’y apparentaient.

S.C.K – Tu as pratiqué la compétition de nombreuses années. Ton palmarès est très honorable. Quelle importance présente la compétition pour un pratiquant ?

R.M – Je pense que la compétition peut apporter pour le pratiquant une possibilité de tester certaines techniques de karaté, pouvoir se mettre en situation de combat (arbitré pour des raisons de sécurité) donc une possibilité de voir si les techniques sont bien dans la distance (Mae) et ainsi améliorer ses capacités physiques et mentales.

Il faut bien avoir à l’esprit que la compétition reste un moyen de perfectionner des techniques et surtout ne pas penser qu’il s’agit de la réalité du combat. Il y a énormément de technique occultées. De plus, la compétition, aussi bien en kata qu’en combat, permet d’apprendre à gérer le stress et doit logiquement obliger le pratiquant à se remettre en questions.

S.C.K – L’heure de l’enseignement est venue pour toi en 1989 à Méricourt. Passer de l’autre côté du tatami n’est pas chose évidente. Comment le rester aussi longtemps avec autant de passion ?

R.M – L’enseignement m’est venu tout à fait par hasard. Mon professeur Christian KIRMSER m’a fait confiance et m’a donné cette possibilité. J’étais à cette époque 2ème Dan.

J’ai dû m’investir énormément pour prendre en charge des personnes de tous horizons et de tous niveaux. Passer du statut de compétiteur à celui d’entraineur tout en continuant la compétition.

Je me rappelle avoir pensé que je devais être le plus sincère possible et donner le meilleur de moi-même. Cela m’a permis de progresser, aussi bien intellectuellement que physiquement. Mais je pense aujourd’hui, qu’après toutes ces années, la rencontre de nombreux pratiquants, les échanges amicaux et l’envie de partager m’incitent à poursuivre mes enseignements.

S.C.K – Avec qui s’entraine-t-on lorsque l’on devient soi-même « un modèle » ?

R.M – Si je suis un modèle pour certaines personnes, je pense être resté sincère dans ma pratique et je suis toujours dans une démarche de recherche personnelle. Pour pouvoir progresser, il ne suffit pas de s’entraîner avec de grands Sensei. Pour ma part, je suis régulièrement Christian Clause (8ème Dan) depuis quinze ans et Jean-Pierre Lavorato (9ème Dan) depuis douze ans ce qui ne m’empêche pas de faire des stages avec des experts différents.

Senseï Kase disait : « Ce qui est appris en une journée, doit être répété toute une vie ».

Une fois le cours terminé, il faut reprendre les thèmes, « comprendre le message » pour perfectionner l’exercice pendant plusieurs années, et seulement après amener sa touche personnelle.

S.C.K – Tu as également occupé de grandes fonctions en tant qu’officiel. Quelle expérience tires-tu des différents postes qui t’ont été attribués ?

R.M – Les fonctions que j’ai pu occuper m’ont apporté une grande expérience humaine. Cela m’a fait prendre conscience que le partage des connaissances est primordial.

A ce jour, ma pratique du karaté est pour moi encore plus intéressante. Ayant mis un terme à ces fonctions qui me prenaient un temps considérable, je peux me concentrer plus précisément dans une recherche approfondie et pouvoir les faire partager à un plus grand nombre de pratiquants. Des choses, souvent considérées anodines des techniques du karaté, méritent d’être étudiées pour souvent éviter de passer à côté de l’essentiel.

Sans ces fonctions, on perçoit mieux les gens qui venaient par profit. A moins d’être très doué, il n’y a que le travail qui puisse récompenser.

S.C.K – De nombreux pratiquants obtiennent la ceinture noire rapidement, voire assez jeunes. La ceinture noire a-t-elle toujours autant de valeur aux yeux des pratiquants ?

R.M – Je pense que la ceinture noire n’a plus la même valeur. La ceinture noire a une valeur personnelle, celle qu’on veut bien lui donner.

Pour certains pratiquants, elle signifie l’accession à un diplôme, rien de plus.

Pour d’autres, la « magie » est encore là. De toutes manières, le professeur doit pouvoir démontrer l’importance de porter cette ceinture et faire comprendre les devoirs à partir de ce niveau. Il faut la mériter à chaque fois que l’on porte la ceinture noire.

S.C.K – La ceinture noire n’est qu’une étape. Combien d’étapes peut-on franchir avant de devenir expert de son art ?

R.M – Cela dépend de l’individu ou du groupe que l’on a en face. Je pense qu’à partir du 2ème Dan, on peut, avec ses élèves être considéré comme « l’expert ». Par contre, au niveau national ou international, ces choses dépendent des instances dirigeantes. Le terme « expert » correspond plus à un « label » de la Fédération, tandis que le maître « maîtrise » son art.

Les experts sont souvent très compétents dans leurs domaines de prédilection. Il faut attendre d’eux des pistes à travailler.

Nous demandons souvent à un expert venant pour la première fois, de faire un travail spécifique à soi. Il faut surtout le suivre pendant plusieurs années pour arriver à comprendre ce que lui a mis des années, voire des décennies, à comprendre lui-même et intégrer dans sa pratique et son enseignement.

S.C.K – Tu dis souvent également que le karaté est surtout une histoire de rencontres. Quelles personnes as-tu rencontré pour te permettre d’évoluer ainsi dans ton parcours de karatéka ?

R.M – Mon premier professeur a été Jean Coulon, de l’école JKA, aujourd’hui décédé. J’ai ensuite suivi Patrick Suard.

Christian Kirmser a été le professeur qui m’a formé à la compétition et poussé à devenir instructeur. J’ai également suivi Keiichi Kasajima, Alain Toubas et de nombreux autres experts.

Christian Clause et Jean-Pierre Lavorato m’ont énormément apporté, et m’apportent toujours d’ ailleurs, en pédagogie ou en technique. Le côté humain est également très fort chez ces deux grands experts.

Après vingt ans d’enseignement et avoir formé presqu’une centaine de ceintures noires, nombre d’entre eux m’ont suivi dans mes clubs, ou ont ouvert des clubs et continuent à suivre mes cours. Mes enfants, Aurore et Dany, m’ont très tôt suivi au Dojo. Tous deux sont toujours dans le karaté, et j’en suis très fier. Aujourd’hui, des élèves qui sont eux-mêmes, devenus instructeurs, perpétuent ma manière de faire, tout en restant eux-mêmes, des individus avec leur propre personnalité.

 

La liste ne pouvant être exhaustive, je reconnais comme mes assistants Olivier Macquart, Djamel Bouktit, Xavier Turbelin et Mehdi Mimoune.

Beaucoup de professeur sont toujours assidus, pratiquent et enseignent d’une manière passionnée, comme mes amis Yannick Gernez, Yannick Delmotte, Aziz Maaninou, Ahmed Lebsir, Michel Bony, Michèle Aspeel, ou plus récemment, Alain Condor.

C’est cette passion et cet engouement que je retrouve chez mes élèves du club de Carvin et du LUC.

Je compte de nombreux amis dans le karaté, mais ne pouvant tous les nommer, je ne voudrais frustrer personne.

« Le karaté c’est comme la vie, un art des rencontres, mais surtout l’art de la rencontre avec soi-même ».

S.C.K – Comment vois-tu ta pratique aujourd’hui ?

R.M – J’ai débuté, cette année, le Iai Do. Cette nouvelle pratique me place de nouveau dans la peau d’un élève, un apprenant qui retrouve la sensation de nouveauté dans un Dojo. Dans cet art, il y a de nombreuses corrélations avec le karaté, comme les attaques aboutissent en même temps que la position, ou encore les techniques de main ouverte en karaté qui ressemblent en de nombreux points aux techniques de sabre,… tout ceci, sans compétition.
Ceci prouvant encore une fois au passage, que les arts martiaux sont une grande famille.
Aujourd’hui, ma pratique du karaté ressemble à tout ceci, une recherche approfondie des techniques, souvent dénaturées par la compétition, mais dont l’origine asiatique (japonaise voire chinoise) se retrouve dans la décomposition du mouvement, dans la pureté et la simplicité du geste, pour retrouver l’éfficacité qu’on pourrait lui donner.
Ma pratique, je la vois évoluer dans ce sens, celui de la recherche.

S.C.K – Quels sont les conseils que tu donnerais à chaque pratiquant ?

R.M – A un pratiquant débutant, je lui dirais de se laisser guider mais ne pas hésiter à changer de professeur s’il ne trouve pas son bien-être auprès de lui. A un pratiquant confirmé, de toujours pratiquer avec sincérité et persévérance et surtout de garder un esprit humble face aux autres pratiquants et aussi envers les autres disciplines.

Propos recueillis par M. MIMOUNE, pour le site du S.C.K

 

Roger MENANT
7ème DAN
Diplôme d’Instructeur Fédéral
Brevet d’Etat d’Educateur Sportif 1er degré
DEJEPS option Karaté

Ancien Juge Mondial kata et kumité
Ancien membre de la Commission Nationale d’Arbitrage de la FFKDA

Plusieurs titres de champion de ligue kata et combat et sélections en championnats de France

Responsable Régional de l’Arbitrage Kata de 1994 à 1999 Ligue Flandre Artois
Responsable Régional des Grades de 2002 à 2006 Ligue Flandre Artois
Directeur Technique de la Ligue Flandre Artois de 2006 à 2011

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